L’anxiété de séparation chez le chien

L’anxiété de séparation est un trouble comportemental fréquemment rencontré en pathologie canine. Il se traduit par des signes de détresse lors de la séparation entre le chien et son (ou ses) maître(s).

Destruction anxiété de séparation Chien

Manifestations caractéristiques

Les symptômes débutent généralement à la période pré-pubertaire et se traduisent par :

– des v0calises (aboiements, hurlements)
– des destructions
– des pipis et des cacas dispersés dans la maison
– de la salivation et/ou des vomissements.

Ces symptômes peuvent être seuls ou associés entre-eux.

Destruction canapé par chien

Les chiens concernés sont des chiens « pots de colle ». Leur attachement infantile ne se rompt pas au moment de la puberté : ils suivent leur maître partout. En promenade ils restent toujours dans un périmètre limité autour du maître et adoptent un comportement exploratoire dit « en étoile » (comme le chiot qui revient systématiquement vers sa mère, le chien part un court instant explorer un endroit et revient systématiquement vers son maître avant de repartir).

Origine de l’anxiété de séparation

Lors des premières semaines de vie, le chiot est totalement dépendant de sa mère, cette dernière adopte d’ailleurs un comportement hyperprotecteur. Cet attachement est indispensable au bon développement du chiot. Au fur et à mesure la mère s’irrite de plus en plus du contact avec ses chiots  : elle supporte de moins en moins le contact physique et ses chiots n’ont plus le droit de dormir à ses côtés. La chienne opère un « détachement ». Ce détachement se fait entre 7 et 10 semaines.

L’anxiété de séparation est une manifestation exacerbée de l’hyperattachement que développe le chien pour son maître. La chienne effectue un sevrage affectif mais quand on adopte un chiot, ce n’est pas pour le repousser : c’est au contraire pour créer un lien avec lui. L’hyperattachement chien/maître est un élément majeur de l’anxiété de séparation mais il ne permet pas de tout expliquer à lui seul.

L’éleveur peut avoir un impact négatif s’il élève un chiot orphelin lui-même (sans le confier à une mère adoptive) ou si les chiots sont élevés trop au contact de l’homme et perturbant ainsi le détachement que la chienne initie.

Le maître aura aussi un rôle négatif s’il adopte le chiot trop jeune (avant l’âge de 6 semaines) ce qui va perturber le détachement.

Deux autres facteurs peuvent avoir un rôle négatif et favoriser l’instauration d’une anxiété de séparation, ce sont les rituels de départ et de retour.

Les rituels de départ :

Le chien peut mémoriser tous les signes qui précèdent le départ de son maître (vue des clés à la main, mise des chaussures, du manteau…). Le maître peut aussi anticiper la séparation en « discutant » avec son chien, le chien n’y comprend rien mais il retient l’inquiétude du maître liée à son départ. Tous ces rituels de départ agissent comme un renforcement positif pour le chien : ils le confortent dans son inquiétude et entretiennent son anxiété.

Rituel de départ anxiété de séparation

Les rituels de retour :

– Soit le chien est excessivement heureux du retour de son maître et il lui fait une énorme fête. En répondant à ses sollicitations, le maître encourage le comportement de son chien.

– Soit le chien reste penaud et ne vient pas faire la fête à son maître. Le maître associe ce comportement à de la culpabilité de la part du chien (« mon chien sait qu’il a fait des bêtises ») et interprète les nuisances comme de la vengeance suite à son départ. Le maître va alors souvent sanctionner (à tort) son chien (correction, nez dans les déjections…). Punir le chien ne sert strictement à rien, le chien vit à l’instant présent : il associe la punition au retour de son maître en présence de dégâts et non à ses actes passés. Aux retours suivants, le chien adopte des postures d’apaisement pour ne pas se faire punir, son maître les interprète à tort et le punit de nouveau. Le chien ne comprend plus grand chose.

Traitement de l’anxiété de séparation

Lors de la prise en charge de l’anxiété de séparation, le vétérinaire met en place (après consultation) une thérapie médicamenteuse à base de psychotropes pour réduire l’anxiété du chien (utilisation du Clomicalm® par exemple, médicament de liste I à ne délivrer que sur ordonnance).
Les médicaments ne suffisent pas à eux seuls à régler l’anxiété de séparation. En parallèle une thérapie comportementale devra être initiée afin de faciliter le détachement, de casser les rituels de départ et de retour et de rompre l’hyperattachement.

Principes de la thérapie comportementale

Casser les rituels de départ et de retour

– ignorer le chien pendant les 15-20 minutes qui précèdent le départ
– brouiller les signaux du départ (mettre ses affaires dans la voiture la veille au soir, partir au travail en tenue décontractée et se changer au travail…)
– au retour : si le chien fait la fête, il convient de l’ignorer jusqu’à ce qu’il soit calme. Il ne faut pas réprimander le chien pour les dégâts qu’il a commis. De même, les dégâts ne doivent pas être nettoyés en présence du chien, celui-ci pourrait prendre ça pour un appel au jeu.
– les absences pourront être planifiées afin de contrôler leur durée et éviter dans un premier temps les absences prolongées. Le temps d’absence sera prolongé progressivement.
– Éventuellement « diminuer la valeur prédictive des signaux du départ » : cet intitulé compliqué signifie tout simplement qu’il est possible de créer des « pièges » pour faire croire au chien qu’on part afin de désamorcer l’anxiété qui se crée à la vue des signaux de départ. Par exemple mettre son manteau sans partir, jouer avec ses clés à un moment non associé avec une sortie. Cette méthode sera utilisée au maximum 3 fois par jour, et uniquement si le chien arrive à se calmer après les « pièges ». Si le chien est encore plus excité et anxieux après ces pièges, il vaut mieux les arrêter.

Anxiété de séparation

Modifier la relation maître/chien

– créer un relation d’obéissance entre le maître et le chien, lui apprendre l’obéissance de base (assis, couché, viens, attend…), lui apprendre à réaliser une tâche avant de lui donner une récompense ou ce qu’il demande.
– ignorer le chien quand celui-ci cherche à attirer l’attention (coups de pattes, gémissements, aboiements, contacts physiques…). Le chien pourra recevoir de l’attention quand il se tient calme et c’est à son propriétaire d’initier le contact.
– apprendre au chien à s’installer seul et calmement dans un coin de la maison et qu’il reste couché quand son maître quitte la pièce (il est bénéfique d’habituer son chien à de courts moments de séparation dans la maison).

Utilisation d’aides anti-stress

Le thérapie comportementale pourra être aidée par l’usage de compléments alimentaires ou de phéromones « anti-stress ». On pourra par exemple citer le Zylkène, complément alimentaire sans accoutumance et sans effets indésirables. Les phéromones (et notamment la gamme « Adaptil« ) sont des molécules naturelles qui sont diffusées dans l’air et imitent les odeurs apaisantes naturellement émises par les chiennes pour calmer leurs chiots. L’efficacité de telles molécules est variable d’un chien à l’autre (en fonction de la sensibilité du chien, de la thérapie comportementale mise en place, de la gravité des symptômes…). Du fait de leur inocuité et de leur facilité d’utilisation, il est tout à fait judicieux de les essayer dans le traitement de l’anxiété de séparation.

Prévention de l’anxiété de séparation

Le propriétaire d’un chiot doit éviter de créer un lien d’hyperattachement avec son chiot. Pour cela :

– un chiot ne sera acheté qu’après l’âge de 3 mois
– un lieu de couchage sera attribué au chien
– le maître doit décider le moment des jeux et des caresses
– les chiots ou chiens nouvellement acquis doivent être habitués à être séparés de leur maître (donc il faut éviter de prendre une semaine de congé pour accueillir un nouveau chiot à la maison…).
– banaliser les départs : ne pas faire de cérémonie d’adieu (« tu vas rester ici, n’ai pas peur, etc… »).
– dresser son chien, établir un relation de hierarchie.

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